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Le web design peut-il se défaire des contraintes techniques ?

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Le web design peut-il se défaire des contraintes techniques ?

Autant le dire tout de suite, la réponse est "oui". Ce n'est une surprise pour personne. La vraie question est de savoir à quel prix ? Cet article n'est pas le défouloir d'un graphiste qui trouvait que "c'était mieux avant", mais un article qui souhaite poser les questions du futur du web design et son impact autant sur le métier de web designer que sur les utilisateurs. Un point de vue personnel, qui enfonce parfois des portes ouvertes, mais qui je l'espère, trouvera écho chez certains et qui vous donnera envie de réagir et partager votre avis.
 

État des lieux du web design actuel

Je ne vais pas passer 15 ans à définir et illustrer ce qu'est le web design actuel. N'importe quel graphiste faisant un minimum de veille peut savoir que la tendance est clairement axée sur des designs mettant en avant l'expérience utilisateur via des sites minimalistes aux éléments ayant un fort impact visuel.

Je suis de la génération "Flash", le logiciel qui est mort dans le domaine du web, bien qu'il arrive encore à survivre dans l'animation et l'illustration. Et là vous vous dites : "Oh non… ! Encore un graphiste qui a loupé le train de l'évolution". J'avoue… Durant mes études de graphisme, je m'émerveillais devant chaque sites full flash (n'oublions pas leur version HTML proposée à l'entrée du site !), devant les designs aux multiples animations que proposaient les 123Klan et autres 2Advanced agency. Pour moi, chacun de ces sites étaient différents, avaient une identité propre et une mise en page libérée des contraintes de grilles de composition. Et je tripotais avec facilité "Macromédia Flash", plongeant dans l'AS2 pour faire des cv, des portfolios ou autres expériences interactives. Bref, je m'amusais.

Aujourd'hui quand je regarde les sélections du blogduwebdesign, pour ne citer que lui, j'ai l'impression de voir le même site, décliné à l'infini : du one-page, du parallax, des photographies en fond, des gros titres, des grilles de composition bien définies, des design "trop" propres. Le pire, c'est que je fais la même chose. Je m'inspire de tout cela, car j'aime le design minimaliste et les mise-en-pages bien carrées. Mon site photo en est la preuve (soyez indulgents, je ne suis qu'un graphiste qui a loupé le coche du HTML). Mais j'attends des autres qu'ils proposent quelque chose de nouveau, sans pour autant arriver moi même à le faire. Je vois la pleine dominance d'un WordPress qui commence pourtant à s'essouffler, étranglé par ses thèmes "aux designs unique" (la faute est volontaire) à 49$.

Avant, nous souhaitions faire des sites jolis. Aujourd'hui, on veut faire des sites pratiques. 

Pourtant, il m'arrive de temps en temps, une fois tous les mois à peu près, de trouver un site vraiment chiadé, un truc où les animations font leur retour, un truc créatif qui sort des normes du flat et material design, à l'instar d'un certain film Madmax, moderne mais filmé dans l'état d'esprit des années 80 (oui, la référence n'apporte pas grand chose, mais j'ai bien aimé le film…).

Dernière remarque sur le webdesign actuel, et point qui m'intéresse particulièrement, c'est la reprise de plus en plus présente de "mise en page" inspirée du print. Je reviendrai dessus dans ma conclusion.
 

L'image de marque

Il y a cependant un point qui m'inquiète plus dans le fait que les sites aujourd'hui, soyons honnêtes, se ressemblent tous : c'est l'image de marque. Où se trouve-t-elle aujourd'hui, en sachant qu'un boucher charcutier peut avoir le même type de design qu'une grande agence de communication ou qu'une grande marque, et qu'il peut le payer 50€ au lieu des 5000€ habituels ? 

Alors certes, il y a des modes, comme dans tout. La mode d'aujourd'hui dans le web est clairement différente de celle d'il y a 10 ans, c'est bien normal. Je peux me tromper, mais à l'époque de Flash, une PME pouvait se payer un site avec une vraie identité alors qu'aujourd'hui, on lui propose un site où il n'y a qu'à poser son logo et changer 2-3 couleurs pour respecter sa charte et son univers. Oui j'exagère un peu, mais je ne pense pas en être loin.

Ce qui m'amène à un point important : le budget
 

Le budget

Je disais en intro que oui, le webdesign n'a pas vraiment de limitations sur le papier, qu'un webdesigner/intégrateur n'est pas obligé de se limiter à ce qu'il sait faire, juste à ce que la technique permet. Et on sait qu'aujourd'hui, pratiquement tout est faisable. Et je reprend la question en intro : oui, mais à quel prix ? Car c'est là un problème majeur. Si je parlais de PME dans le paragraphe précédent, ce n'est pas pour rien. Une grande entreprise ou une multinationale n'aura pas vraiment de problème à se payer un site complexe. Pour ce qui est des PME, c'est autre chose. Ces dernières sont limitées par leur budget, parfois encore plus rabaissé par l'ignorance des tarifs dans le domaine.

Car aujourd'hui, un site ça coûte cher. Je vois dans le fond des tout jeunes freelances qui me disent "meuh nan ça va encore…". Si si… Je ne parlerai pas de ce que font certaines agences qui achètent un thème wordpress tout fait et le revendent 25 à 30 fois plus cher. Mais un site responsive, avec éventuellement quelques effets sympas (parallax par exemple) et une charte un peu plus aboutie qu'un simple posage de logo, la facture peut vite monter. Avec la multiplication des supports et donc des navigateurs, un site est actuellement plus long à développer et impose plus de contraintes qu'avant. Normal vous allez me dire. Mais le budget est en partie responsable du webdesign d'aujourd'hui et de la montée en force des template wordpress : des contraintes techniques de plus en plus présentes et un budget qui restait (plus ou moins) le même, voilà pour moi les raisons de la "simplification" du webdesign actuel.

 

On a cherché à faire des sites qui pouvaient se développer en "peu" de temps et qui pouvaient se décliner facilement sur tous les supports. L'expérience utilisateur, chère à certains, est pour moi secondaire sur ce point.

 
 

J'avoue, j'oublie peut être assez vite le fait que tous les sites avant n'étaient pas réalisés en full Flash. Qu'il y avait aussi des bons sites bien pourris en html. Mais il était tellement facile de glisser une ou deux petites anims par ci par là. Généralement, des animations réalisées directement par le graphiste.
 

Quel est le futur du métier de webdesigner ?

J'avoue avoir du mal à me représenter le futur. Autant sur le métier de webdesigner que sur le web en général.

Ces dernières années, un webdesigner se devait presque d'être intégrateur s'il voulait trouver du boulot. C'était un avantage certain. Je trouve que la donne est en train de changer : avec des sites plus complexes à développer, un webdesigner préférera évoluer dans l'UX/UI, la conception, une réflexion plus profonde sur des scénarios utilisateurs (et évoluer plus rapidement vers des postes comme DA, DC ou chef de projet), sans pour autant délaisser des bases en intégration ; mais celles-ci deviendront secondaires sur un CV. Et les intégrateurs deviendront de plus en plus développeur pour répondre à une demande de plus en plus forte et nécessaire.

Je me pose également la question de l'UX : doit-elle vraiment prendre le pas sur l'interface visuelle ? Sans pour autant avoir des sites totalement "impraticables", je suis déçu de voir qu'il n'y a pratiquement plus de recherches dans l'élaboration d'un menu par exemple. On se contente des quelques 3 ou 4 types de menus sans chercher à transcender cela.

Enfin, je me demande si l'on pourra revenir à des sites graphiquement impressionnants, sans pour autant avoir des budgets de fou en développement (car c'est aussi frustrant pour un webdesigner de voir que l'on est limité par un budget sur un projet pourtant intéressant…). Ce qui m'amène à me poser des questions sur des potentiels futurs logiciels de créations web. Adobe a tenté le pari avec des logiciels comme Muse ou Edge, dans la lignée de Flash, sans réussir à percer car générant un code trop imprécis. Le web se cherche encore mais il arrivera un temps où il "stagnera" suffisamment pour voir apparaitre ce genre de logiciels. De quoi faire des prototypes rapides et permettant de limiter le budget global.
 

Résumé

Je n'ai pas la prétention d'avoir fait avancer les choses grâce à cet article. Mais il m'a permis de me faire mon propre état des lieux sur le sujet et même de changer d'avis sur certains points : les techniques web sont encore loin d'avoir atteint leur point le plus haut. Les possibilitiés sont énormes et il nous reste du chemin avant d'arriver à les utiliser à leur potentiel maximal. Malgré encore une prédominance de sites minimalistes, cela fait quelques temps que de plus en plus de sites m'impressionnent et j'espère que l'on reviendra à une période vraiment créative dans le webdesign. Une sorte de tendance "vintage" des ambiances web.

Le budget est clairement un frein important pour le moment. Il l'a toujours été, mais avec l'évolution des supports, il est plus présent encore aujourd'hui.

Mon avis reste au final mitigé : on est proche d'une forte évolution dans le webdesign, mais qu'on tâtonne encore. Et comme je disais, je suis ravi de voir la tournure de certains design s'inspirant de mise en page print. Je ne pense pas que le papier est sur le point de mourir, mais de voir que les deux supports se rapprochent, j'imagine qu'ils partageront bien plus de choses ces prochaines années. Avec les écrans e-ink ou pliables, je vois de plus en plus de journaux tendres vers des éléments web/multimédia, et ces derniers vers des mises en page print.

N'hésitez pas à réagir et à apporter vos idées, vos critiques ou autres !

By Thomas

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