ArtCraft : des clones gratuits d’Adobe codés avec Claude

ArtCraft : des clones gratuits d’Adobe codés avec Claude, notre test de PhotoCraft

Dans Tech

Un Photoshop gratuit, open source, qui tourne sous Linux et dans le navigateur. Codé en quelques jours par un seul développeur, avec une IA.

C’est la promesse d’ArtCraft, lancé le 8 octobre 2026 : sept logiciels qui reprennent la suite Adobe, écrits en Rust avec Claude Opus 5.5. Le dépôt de PhotoCraft, le clone de Photoshop, aurait dépassé 40 000 étoiles sur GitHub en trois jours.

Si vous payez Creative Cloud chaque mois, la question se pose forcément. Nous avons testé PhotoCraft le 16 octobre 2026 sur un PSD maison à 8 calques. Voici ce qui tient, ce qui coince et ce que nous vous conseillons.

L’essentiel en 30 secondes

  • ArtCraft est une suite gratuite et open source qui reprend les logiciels d’Adobe. Lancée le 8 octobre 2026 par Brandon Thomas, elle compte sept applications codées en Rust avec Claude Opus 5.5. PhotoCraft reprend Photoshop, VectorCraft Illustrator et FilmCraft Premiere. Aucune n’est finalisée.
  • Notre test du 16 octobre : PhotoCraft 0.7.0 a ouvert et réenregistré notre PSD à 8 calques. Groupe, masque et mode de fusion sont conservés.
  • Les limites sont sérieuses : interface en anglais, polices remplacées, formats pro mal pris en charge par les autres applications.
  • Notre conseil : à essayer sur un projet perso, pas encore sur un projet client.

Qu’est-ce qu’ArtCraft ?

ArtCraft est un ensemble de logiciels de création gratuits, sous licence MIT ou Apache 2.0, qui reprennent les outils d’Adobe. Ils sont écrits en Rust, sans Electron, et s’installent sur macOS, Windows et Linux. Six des sept premières applications tournent aussi dans le navigateur, en WebAssembly.

Leur auteur, Brandon Thomas, dit les avoir codées avec Claude Opus 5.5, le modèle d’Anthropic sorti le 22 septembre 2026. Nous avions présenté ce modèle dans notre article sur Claude Sonnet 5.5 et Opus 5.5 pour les designers. Sa motivation, selon TweakTown : les frais de résiliation d’Adobe, qu’il qualifie de « dark pattern ».

ApplicationÉquivalent AdobeStatut au 16 octobre 2026Version navigateur
PhotoCraftPhotoshopAlphaOui
VectorCraftIllustratorEn développementOui
FilmCraftPremiere ProEn développementNon
LightCraftLightroomEn développementOui
PdfCraftAcrobatAlphaOui
EffectCraftAfter EffectsEn développementOui
DesignCraftInDesignEn développementOui

Depuis, la page officielle en liste 13, dont FigCraft pour le design d’interface et des clones de traitement de texte, de tableur et de CAO. Aucun compte n’est demandé pour les applications. L’entreprise derrière le projet vend à côté un studio d’images et de vidéos par IA, qui est payant.

À retenir : ArtCraft est gratuit et ouvert, mais c’est un projet de quelques semaines, pas une suite mûre.

Notre test : PhotoCraft ouvre-t-il un vrai PSD ?

Oui : PhotoCraft 0.7.0 a ouvert notre fichier sans perte et l’a réenregistré en PSD lisible. Nous l’avons testé le 16 octobre 2026, dans sa version navigateur, hébergée sur notre machine et ouverte dans Chromium sous Linux, sans carte graphique.

Notre fichier de test est un PSD maison de 1200 × 800 px en RVB 8 bits. Nous n’avons pas de licence Photoshop sur ce poste : il a été créé par script, avec la bibliothèque open source ag-psd. Il contient 8 calques :

  • un fond dégradé et une carte blanche avec une ombre portée ;
  • une pastille jaune en mode Produit à 60 % d’opacité ;
  • un groupe avec un bouton sous masque dégradé et son texte ;
  • deux calques de texte, un titre et un sous-titre.
PhotoCraft 0.7.0 dans le navigateur : notre PSD de test ouvert avec ses 8 calques, son groupe, son masque, son ombre portée et son calque en mode Produit
Notre PSD de test ouvert dans PhotoCraft 0.7.0, version navigateur. Capture Blog du Webdesign, 16 octobre 2026
Point testéRésultat
Ouverture du PSD par glisser-déposerRéussie : 8 calques, noms accentués, groupe et masque conservés
Ombre portée et mode Produit à 60 %Affichés correctement
Calques de texteRestent modifiables, mais affichés dans une police de remplacement : Arial n’est pas disponible dans la version navigateur
Calque masqué, puis EnregistrerPSD téléchargé en 0,4 s
Relecture du PSD réenregistré (psd-tools)8 calques, groupe, masque, mode Produit, opacité de 60 %, visibilité et textes conservés
InterfaceMenus calqués sur Photoshop, uniquement en anglais

L’interface surprend par sa ressemblance avec Photoshop : mêmes menus, mêmes panneaux Calques, Couches et Tracés, mêmes raccourcis. Un graphiste s’y retrouve en quelques secondes.

À retenir : sur un PSD simple, PhotoCraft lit et réécrit le fichier proprement. Il reste à le tester sur vos fichiers les plus lourds.

Qu’est-ce qui bloque encore un usage pro ?

La maturité, les formats professionnels et le risque juridique. Les développeurs le disent eux-mêmes : PhotoCraft n’est pas encore un remplaçant de Photoshop pour le travail quotidien.

  • Des fonctions manquantes. Le README de PhotoCraft cite l’IA générative, 15 outils, la typographie avancée et les plug-ins. La feuille de route du 7 octobre estime la parité réelle avec Photoshop à moins de 50 %, selon IT-Connect.
  • Des formats pro mal pris en charge. Le 13 octobre, Creative Bloq a testé trois applications. FilmCraft ne lit pas les projets Premiere (.prproj). LightCraft n’importe pas les RAW CR3 directement depuis l’appareil photo. Dans PhotoCraft, les filtres n’ont pas d’aperçu et le remplissage selon le contenu est jugé à peine utilisable.
  • Un risque juridique. Les auteurs parlent d’une réécriture « clean-room », à partir des spécifications publiques. Mais Adobe détient des milliers de brevets sur ses fonctions logicielles, rappelle HotHardware. Au 16 octobre, aucun média ne rapporte de réaction d’Adobe.

À retenir : pour un projet client, la stabilité et la compatibilité comptent plus que le prix. ArtCraft n’y est pas encore.

Faut-il l’utiliser sur vos projets ?

Pas sur un projet client pour l’instant, mais il mérite une heure de test cette semaine. Voici comment l’essayer sans risque :

  1. Travaillez sur une copie. Dupliquez un PSD terminé avant de l’ouvrir dans PhotoCraft, jamais l’original.
  2. Comparez le rendu. Exportez un PNG depuis PhotoCraft et superposez-le à l’export Photoshop : polices, effets et modes de fusion.
  3. Testez vos cas limites : textes, objets dynamiques, profils couleur CMJN.
  4. Gardez une solution éprouvée pour les urgences. Photopea reste la référence pour ouvrir un PSD dans le navigateur. Notre sélection des 13 meilleurs logiciels de retouche photo gratuits propose d’autres pistes.

Si vous cherchez avant tout à réduire votre dépendance aux éditeurs américains, notre liste d’outils web français et européens vous donnera des solutions plus stables.

À retenir : testez ArtCraft pour comprendre où va le métier, pas pour remplacer Creative Cloud dès lundi.

Réimplémentation « clean-room » : définition

Une réimplémentation « clean-room », ou en salle blanche, consiste à recréer un logiciel sans copier son code. On part de sa documentation publique et de son comportement observé. C’est l’argument d’ArtCraft face à Adobe, mais il ne protège pas d’une plainte pour violation de brevet.

FAQ : ArtCraft et PhotoCraft

Oui. Les applications sont gratuites et open source, sous licence MIT ou Apache 2.0, et ne demandent pas de compte. L’entreprise derrière le projet vend à part un studio de génération d’images et de vidéos par IA.

Pas encore pour un usage professionnel. Notre test du 16 octobre 2026 montre une bonne lecture des PSD simples, mais les développeurs reconnaissent des fonctions manquantes. Pour un usage ponctuel dans le navigateur, Photopea reste plus éprouvé.

Oui. Une version WebAssembly est fournie, à héberger soi-même : c’est elle que nous avons testée. FilmCraft est la seule application de la première série sans version navigateur.

Son auteur, Brandon Thomas, affirme avoir écrit les applications avec Claude Opus 5.5, d’Anthropic. Il a supervisé le travail, mais le code est en grande partie généré. Nous détaillons ce modèle dans notre article sur Claude Opus 5.5.

Utiliser un logiciel open source est légal. Le risque juridique, s’il existe, pèse sur les auteurs du projet face aux brevets d’Adobe. Pour un projet client, la vraie question est la fiabilité, pas la légalité.

Sources

L’IA bouge vite. Nous la testons pour vous.

Nouveaux modèles, nouveaux outils, conséquences concrètes pour votre métier : retrouvez nos décryptages dans la rubrique Tech.

Voir les articles Tech

Aller plus loin

Pour aller plus loin, voici des ressources qui pourraient vous intéresser :