Un client vous envoie « ses » photos pour son nouveau site. Elles sont parfaites. Un peu trop parfaites.
Vraie photo ou image générée ? Jusqu’ici, vous deviez vous fier à votre œil.
Depuis le 7 octobre 2026, Google ouvre à tous SynthID Detector. L’outil est gratuit. Il lit le filigrane invisible que Google, OpenAI, Nvidia et Kakao glissent dans leurs images, vidéos et sons.
Nous l’avons testé le 9 octobre sur six fichiers : des images Gemini, ChatGPT et Adobe Firefly, deux versions très compressées et une vraie photo. Voici ce qu’il voit, ce qu’il ne peut pas voir, et les trois réflexes à prendre dès maintenant dans votre studio ou votre agence.
SynthID Detector est gratuit sur synthid.com depuis le 7 octobre 2026. Connexion obligatoire avec un compte Google, Apple ou ChatGPT. Interface en anglais.
Il détecte un filigrane, pas le « style IA ». Il reconnaît les contenus de Gemini, Nano Banana, Veo et Lyria, ainsi que ceux d’OpenAI, de Nvidia et de Kakao.
Notre test : images Gemini et ChatGPT détectées, même réduites de moitié et compressées à 11 Ko. L’image Adobe Firefly et la vraie photo ne sont pas signalées.
Un résultat négatif ne prouve rien : l’image peut venir d’un autre outil, ou son filigrane a pu être abîmé.
Le contexte : l’article 50 de l’AI Act impose depuis le 2 août 2026 de marquer les contenus générés par IA.
Ce qu’est SynthID et ce que l’outil détecte
SynthID est un filigrane invisible, développé par Google DeepMind depuis 2023. Il est inscrit dans les pixels d’une image, les images d’une vidéo ou le signal d’un son. L’œil ne le voit pas. Un logiciel, si.
Google l’ajoute automatiquement à tout ce que produisent Gemini, Nano Banana, Imagen, Veo et Lyria. Plus de 180 milliards d’images et de vidéos en portent déjà un.
SynthID, développé par Google DeepMind. Visuel : Google DeepMind
Ce que l’outil accepte
Type
Formats
Images
JPG, PNG, WEBP, AVIF, HEIC, TIFF, GIF, BMP
Vidéos
MP4, MOV, WEBM
Sons
WAV, MP3, OGG, FLAC, AAC, M4A
Le texte n’est pas pris en charge.
Ce qu’il répond
Deux réponses possibles : filigrane détecté, ou non détecté. Pour une vidéo ou un son, l’outil indique les passages marqués. Il n’affiche ni pourcentage ni score de confiance.
Les filigranes reconnus
Celui de Google, et ceux de trois partenaires : OpenAI (ChatGPT Images, dont nous avons suivi les dernières annonces au DevDay 2026), Nvidia et Kakao. Apple doit suivre d’ici la fin de l’année.
À retenir : SynthID Detector ne devine pas si une image « fait IA ». Il cherche une signature précise, laissée par une liste précise d’outils.
Notre test sur 6 fichiers
Le 9 octobre 2026, nous avons généré trois images avec la même consigne : un bureau de designer minimaliste, avec un ordinateur portable, une plante et des nuanciers, en lumière naturelle. Puis nous les avons soumises au détecteur, avec une vraie photo pour comparer.
Fichier
Origine
Résultat SynthID Detector
Image générée, PNG
Gemini (Nano Banana)
Filigrane détecté, « Google AI »
Image générée, PNG
ChatGPT, compte gratuit
Filigrane détecté, « OpenAI »
Image générée
Adobe Firefly, modèle Firefly Image 3
Non détecté
Image Gemini en JPEG qualité 60 (52 Ko)
Gemini, recompressée
Filigrane détecté
Image Gemini réduite de moitié, JPEG qualité 30 (11 Ko)
Gemini, très dégradée
Filigrane détecté
Photo de bureau publiée en 2016
Unsplash, Sarah Dorweiler
Non détecté
Notre image Gemini : filigrane détecté, source « Google AI ». Capture Blog du Webdesign, 9 octobre 2026Notre image ChatGPT : filigrane détecté, source « OpenAI ». Capture Blog du Webdesign, 9 octobre 2026
Ce que montre le test
Les deux générateurs partenaires sont reconnus, et l’outil nomme la source. L’image Gemini affiche « Google AI », celle de ChatGPT affiche « OpenAI ». Pratique pour savoir d’où vient un visuel.
Le filigrane tient bon. Nous avons réduit l’image Gemini de moitié et l’avons compressée en JPEG qualité 30 : 11 Ko, des artefacts visibles à l’œil nu. Le détecteur l’a quand même reconnue. Une compression web classique ne suffit donc pas à effacer la marque.
La vraie photo passe sans alerte. Le message reste prudent : il est « peu probable » que l’image vienne d’un partenaire SynthID. Pas plus.
Le cas Adobe Firefly
Notre image Adobe Firefly : aucun filigrane détecté. Capture Blog du Webdesign, 9 octobre 2026
L’image Firefly n’est pas détectée, et c’est normal. Adobe ne fait pas partie des partenaires SynthID. Firefly signe ses images avec les Content Credentials (norme C2PA), une étiquette glissée dans les métadonnées du fichier, que SynthID Detector ne lit pas. Pour l’outil, notre image Firefly ressemble donc à une vraie photo.
Un détail à connaître : dans Firefly, le modèle proposé par défaut est désormais Gemini 3.1 (Nano Banana 2), celui de Google. Pour notre test, nous avons choisi le modèle maison d’Adobe. Une image créée avec Nano Banana dans Firefly devrait, elle, porter le filigrane de Google.
À retenir : pour Google et OpenAI, le détecteur est fiable et résiste à la compression. Pour les autres générateurs, Adobe compris, il est aveugle.
Les limites à connaître
Un détecteur de filigrane ne voit que les filigranes qu’il connaît.
Un négatif n’est pas une preuve. Google le dit lui-même : l’absence de signal peut venir d’un modèle non partenaire, d’un contenu antérieur à SynthID ou d’un filigrane dégradé.
Les grosses retouches peuvent affaiblir le marquage. Notre test montre qu’une forte compression ne suffit pas à l’effacer. Mais Google prévient que des modifications importantes ou une régénération peuvent le dégrader, et recommande d’envoyer des fichiers en haute qualité.
Créé ou retouché ? L’outil ne fait pas la différence entre une image entièrement générée et une photo modifiée avec un outil d’IA.
Pas de C2PA. Les Content Credentials, utilisés notamment par Adobe, ne sont pas lus. Il faut un second outil pour les vérifier.
Anglais et quota. L’interface est en anglais. Un quota quotidien s’applique, et l’envoi en masse est interdit.
Bon point côté confidentialité : vos fichiers sont supprimés dès le résultat affiché. Google garde seulement une empreinte numérique pendant 24 heures.
À retenir : utilisez SynthID Detector pour confirmer un doute, jamais pour certifier qu’une image est authentique.
3 réflexes pour les designers et les agences
L’outil ne remplace pas votre jugement. Il vous aide à poser les bonnes questions.
Réflexe 1 : vérifiez les visuels fournis par le client
Avant d’intégrer des photos « maison » sur un site, passez-les au détecteur. Un résultat positif ? Parlez-en au client. Une fausse photo d’équipe ou de produit peut coûter cher en confiance, voire tomber sous le coup de la publicité trompeuse.
Réflexe 2 : gardez vos sources en haute qualité
Archivez les fichiers d’origine de vos générations, avant compression. Ce sont eux qui portent le filigrane le plus net. Compressez ensuite les versions web avec nos outils d’optimisation d’images, mais gardez toujours l’original.
Réflexe 3 : signalez l’usage de l’IA
Dans vos devis, précisez quels visuels seront générés par IA et avec quel outil. Sur le site du client, une mention discrète suffit souvent. C’est l’esprit de l’article 50 de l’AI Act : les fournisseurs d’IA doivent marquer leurs contenus, et les diffuseurs d’hypertrucages doivent le signaler.
Besoin de visuels sans ambiguïté ? Les banques d’images restent la valeur sûre. Et si vous générez, choisissez un outil transparent dans notre sélection de générateurs d’images par IA.
À retenir : vérifier, archiver, déclarer. Trois gestes simples qui protègent vos clients et votre réputation.
SynthID : définition
SynthID est une technologie de Google DeepMind qui insère un filigrane invisible dans les images, vidéos, sons et textes générés par IA. SynthID Detector, gratuit sur synthid.com depuis le 7 octobre 2026, permet de vérifier si un fichier porte ce filigrane, y compris pour des contenus créés avec les outils d’OpenAI, de Nvidia et de Kakao.
C’est difficile. Dans notre test, une image Gemini réduite de moitié et compressée à 11 Ko restait détectée. Google prévient toutefois que des retouches lourdes ou une très forte compression peuvent réduire la détection.