Différencier les nombreux types de polices d’écriture est souvent un calvaire pour les webdesigners qui débutent. Lorsque l’on s’essaye pour la première fois à la typographie, on sait généralement faire la différence entre les polices avec ou sans empattements, mais ça s’arrête là. Pourtant, le monde de la typographie contient une large palette de styles de police qu’il est important de savoir reconnaitre.

Cet article est une traduction libre de A guide to recognising font styles.

La difficulté de la typographie, c’est qu’elle repose dans les détails. La création d’une nouvelle police d’écriture est un travail minutieux qui demande une grande attention à chaque élément qui compose chaque lettre, bien que les spécificités de la plupart d’entre elles restent invisibles pour l’oeil du non-connaisseur.

Alors pourquoi vouloir différencier les différents styles de polices ? Pourquoi ne pas simplement choisir une police au hasard ?

Le problème avec le hasard, c’est qu’il nous donne souvent tort. Au début d’une carrière de designer, il est fréquent d’utiliser des polices qui nous plaisent visuellement, mais qui (par exemple), ne s’accordent pas entre elles. Aussi, l’hyperexposition aux contenus médiatiques et publicitaires risque bien fortement de vous pousser inconsciemment à choisir une police déjà vue et re-vue.

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Prenons l’exemple d’Helvetica ou Gotham : ces polices, pourtant très bien travaillées, ont tellement été utilisées qu’elles perdent leur caractère et se remarquent à peine. Alors oui, choisir une police populaire, c’est choisir la sécurité. Mais la sécurité risque fortement de mettre votre créativité au point mort. 

C’est donc pourquoi il est important d’être capable de mieux reconnaitre et différencier les polices d’écriture. Cela vous aidera à prendre de meilleures décisions pour insuffler plus de caractère à votre création, ou simplement savoir quelles polices combiner. Voici quelques-uns des styles les plus communs de l’histoire de la typographie :

Styles avec empattements

Old style 

Les premières polices « old style » sont apparues au 15e siècle et constituaient une véritable révolution après la domination des bonnes vieilles lettres d’imprimerie de Gutenberg. Avec de meilleurs outils et de nouvelles compétences, on a été capable de créer une police plus légère, plus élégante.

La police est peu contrastée, les empattements sont inclinés et épais, l’axe des traits se décale vers la gauche et la hauteur est faible. Ces styles sont encore très répandus dans les livres car ils sont traditionnels et évoquent des sentiments de chaleur et de familiarité avec des polices telles que Garamond, Caslon et Bembo.

Transitionnel

C’est un style qui s’est éloigné des styles imitant les lettres manuscrites (style humaniste et ancien). Il est né en France au 18ème siècle, principalement popularisé par le britanniques John Baskerville, mais a surtout connu un succès rapide aux États-Unis.

Le contraste des traits est nettement plus fort, les empattements de la tête sont obliques et épais, et les traits sont verticalisés. C’est là que l’écriture manuscrite et l’imprimerie commencent à se séparer nettement. Baskerville est l’un des exemple de police transitionnelles les plus parlant.

Néoclassique et didone

Ce style est, lui aussi, apparu en France au 18ème siècle. La première police de ce style a été conçue par Firmin Didot, d’où son nom. Après cela, Giambattista Bodoni a repris le flambeau et a créé des polices de caractères s’inspirant des codes de Baskerville.

On voit un vrai contraste entre les lignes fines et celles plus épaisses, plus dramatiques. Les empattements sont plus arrondis, et les lignes se terminent en une forme plus ronde. Giambattista Bodoni est la police la plus représentative de ce style.

Slab

Ce style est né en Grande-Bretagne avec la révolution industrielle du début du 19ème siècle. Ce style se démarque fortement car il est le premier a avoir été conçu pour être remarqué. Les anciennes polices, jusqu’à maintenant destinées à l’impression de livres, n’avaient pas exploré le côté créatif et publicitaire de la police de style.

Avec des traits d’épaisseurs égales, ces polices sont très verticales avec des empattements lourds. Roboto Slab est un exemple intéressant d’interprétation moderne du style Slab. Il convient autant en titre qu’en corps de texte.

Clarendon

Le Clarendon est une version moins agressive du style Slab : plus contrasté, et avec des empattements plus arrondis et plus fins. Le style donne son nom à la police d’écriture Clarendon, l’une des plus célèbres.

Style sans empattement

Grotesque

Le style grotesque n’est pas le premier sans empattement, il est cependant le premier a être connu du grand public. Conçues à la fin du 18ème siècle, les polices grotesques se démocratisent au 19ème siècle. Elles tiennent leur nom de la perception qu’elles généraient face à un public habitué au style plus raffiné des polices anciennes.

Cette police est très contrastée, la boucle de la lettre « g » a une forme ovale, presque comme un bol. On peut penser à Franklin Gothic et Akzidenz Grotesk qui présentent bien la verticalité et le côté « carré » du style grotesque. 

Néo Grotesque

Plus raffiné et propre que son prédécesseur, le style néo grotesque est né dans le milieu du 20e siècle et consiste en une version plus neutre et démocratisée de la police grotesque.

Avec moins de contrastes et d’exagération (notamment sur la lettre g), elle est plus douce, plus « passe-partout », telle la police Helvetica, aujourd’hui encore très utilisée sur le web.

Geometrique

Né en Allemagne au cours des années 1920, le style Géometrique est très inspiré du mouvement Bauhaus.

Les lettres sont basées sur les formes géométriques (triangle, carré, cercle …), le « o », par exemple, est un cercle parfait. On représentera ce style avec la police Futura.

Humaniste

Il s’agit d’un style sans empattement qui s’inspire des formes de lettre traditionnelles, principalement des styles de police empattés et même de la calligraphie. Les premières polices humanistes ont été conçues au début du XXe siècle : par exemple Johnston en 1916 et Gill Sans en 1928.

Edward Johnston (qui a conçu la police de caractères du même nom) était un calligraphe et s’inspirait des formes de lettre classiques, y compris les lettres majuscules romaines. On voit donc un véritable aspect calligraphique dans les polices humanistes.

Neo Humaniste

La police de caractères Frutiger (du nom de son créateur, Adrian Frutiger) a marqué le début du nouveau style humaniste moderne. L’objectif était de gagner en lisibilité. Popularisé dans les années 70 et 80, il permet de répondre au besoin de lisibilité des premiers écrans d’ordinateurs à faible résolution.

Tel la police Dax Pro, le style  Neo Humaniste se compose de lettres fortement contrastées, sans empattement, mais plus large.