AI Act : ce qui change pour les designers et agences web

AI Act : ce que le règlement européen sur l’IA change pour les designers, freelances et agences web

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Le chatbot que vous avez installé sur le site d’un client dit-il qu’il est une IA ? Depuis le 2 août 2026, il le doit.

Ce jour-là, les règles de transparence de l’AI Act sont entrées en application. Elles touchent directement le quotidien d’un studio web : chatbots, images générées, articles rédigés avec ChatGPT ou Claude. Pendant ce temps, Anthropic et OpenAI ont commencé à poser des filigranes invisibles sur les textes de leurs IA.

Les pages officielles expliquent le règlement à des juristes. Cet article le traduit pour un designer, un freelance ou une agence : quel est votre rôle, ce que vous devez afficher, ce qu’il faut écrire dans vos devis. Textes vérifiés sur EUR-Lex et sur les pages de la Commission européenne le 23 octobre 2026.

Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un avocat.

L’essentiel en 30 secondes

  • L’AI Act est le règlement européen (UE) 2024/1689 qui encadre l’intelligence artificielle selon son niveau de risque. Pour un designer ou une agence web, la règle qui compte depuis le 2 août 2026 est l’article 50 : un chatbot doit dire qu’il est une IA, et certains contenus générés doivent être signalés.
  • Vous êtes « déployeur » dès que vous utilisez une IA dans votre travail, et « fournisseur » si vous mettez un outil d’IA sur le marché ou en service sous votre nom, gratuitement ou non.
  • Les deepfakes et les textes d’intérêt public non relus doivent être signalés. Une illustration manifestement imaginaire n’a pas besoin d’étiquette au titre de l’AI Act.
  • Les règles pour l’IA à haut risque sont reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour les produits réglementés, par l’omnibus numérique publié le 24 juillet 2026.

AI Act : définition

L’AI Act, ou règlement sur l’intelligence artificielle (RIA), est le règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024. Il classe les systèmes d’IA selon leur risque : certains usages sont interdits, d’autres très encadrés, d’autres soumis à une obligation de transparence ; la plupart ne font l’objet d’aucune obligation spécifique. Il s’applique à toute entreprise qui fournit ou utilise une IA dans l’Union, quelle que soit sa taille.

Qu’est-ce que l’AI Act ?

L’AI Act est le premier règlement au monde qui encadre l’intelligence artificielle de façon générale, selon le risque qu’elle fait courir aux personnes. Comme le RGPD, il s’applique directement dans tous les pays de l’Union, sans loi nationale de transposition.

Il fonctionne en quatre niveaux :

NiveauExemplesCe que ça implique
Risque inacceptableNotation sociale, manipulation qui exploite une vulnérabilité, reconnaissance des émotions au travail (sauf raisons médicales ou de sécurité)Interdit depuis le 2 février 2025
Haut risqueTri automatique de CV, accès à l’éducation ou au créditDocumentation, contrôle humain, conformité : à partir du 2 décembre 2027
Risque de transparenceChatbots, images et vidéos générées, deepfakesInformer les personnes (article 50) depuis le 2 août 2026
Risque minimalCorrecteur, filtre antispam, outil de mise en page assistéePas d’obligation spécifique

La grande majorité des usages d’un studio web se situe dans les deux dernières lignes. C’est une bonne nouvelle : le gros du travail consiste à informer, pas à certifier.

À retenir : pour un designer ou une agence, l’AI Act est d’abord une obligation de transparence, pas une procédure de conformité lourde.

AI Act : quel calendrier d’application ?

L’AI Act est entré en vigueur le 1er août 2024 et s’applique par étapes jusqu’en 2028, voire 2030 pour certains systèmes utilisés par les autorités publiques. Le règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique sur l’IA », publié au Journal officiel le 24 juillet 2026, a décalé plusieurs échéances.

DateCe qui s’appliquePour un studio web
1er août 2024Entrée en vigueur du règlementRien d’immédiat
2 février 2025Pratiques interdites, formation des équipes à l’IA (article 4)Former les personnes qui utilisent l’IA
2 août 2025Règles des modèles d’IA à usage général (GPT, Claude, Gemini), sanctionsConcerne surtout les éditeurs comme OpenAI ou Anthropic
2 août 2026Application générale, dont l’article 50 sur la transparenceChatbots, deepfakes, textes d’information
2 décembre 2026Marquage des contenus pour les outils sortis avant le 2 août 2026, nouvelles interdictions (images intimes non consenties, contenus pédocriminels)Les filigranes se généralisent dans vos outils
2 décembre 2027Systèmes à haut risque de l’annexe III (recrutement, éducation, crédit…)Seulement si vous concevez ce type d’outil
2 août 2028Haut risque intégré à des produits réglementés (annexe I)Rarement concerné

L’omnibus a aussi assoupli l’article 4 depuis le 27 juillet 2026 : fournisseurs et déployeurs doivent prendre des mesures pour soutenir la maîtrise de l’IA de leurs équipes, sans obligation de garantir un niveau précis pour chaque personne.

À retenir : la date à noter pour votre activité est le 2 août 2026, déjà passée.

Fournisseur ou déployeur : quel est votre rôle ?

Si vous utilisez une IA dans votre travail, vous êtes « déployeur ». Si vous mettez un outil d’IA sur le marché ou en service sous votre propre nom, gratuitement ou non, vous êtes « fournisseur ». Les obligations ne sont pas les mêmes.

Le règlement définit le fournisseur comme celui qui développe un système d’IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son nom ou sa marque. Le déployeur est celui qui utilise un système d’IA sous son autorité, hors usage personnel non professionnel.

SituationVotre rôleObligation principale
Vous générez des visuels avec Midjourney ou Firefly pour un clientDéployeurSignaler les deepfakes
Vous rédigez des articles de blog avec ChatGPT ou ClaudeDéployeurSignaler les textes d’information d’intérêt public non relus
Vous installez un chatbot du marché sur le site d’un clientEn général, le client est déployeur et l’éditeur du chatbot fournisseur. Si vous l’exploitez pour le client, ou s’il est mis en service sous votre marque, ce partage peut changerVérifier que le chatbot se présente comme une IA
Vous développez un assistant IA proposé sous le nom de votre agence, gratuit ou payantFournisseurInformer l’utilisateur, marquer les contenus générés
Votre équipe utilise l’IA au quotidienDéployeurPrendre des mesures de formation (article 4)

La frontière la plus délicate est celle de l’agence qui assemble un chatbot sur mesure, à partir de l’API d’OpenAI ou d’Anthropic, et le livre sous sa marque. Elle peut alors être considérée comme fournisseur : dans ce cas, faites relire votre montage par un juriste.

À retenir : la plupart des freelances et des agences sont déployeurs ; on devient fournisseur en proposant un outil d’IA sous son nom, même gratuit.

Article 50 : ce que vous devez signaler

L’article 50 crée des obligations de transparence dans cinq cas : les chatbots, le marquage des contenus générés, la reconnaissance des émotions, les deepfakes et les textes d’intérêt public publiés sans relecture. Quatre concernent directement un studio web. L’information doit être claire, donnée au plus tard lors de la première interaction ou exposition, et accessible.

1. Les chatbots et assistants

Le fournisseur doit concevoir le système pour que l’utilisateur sache qu’il parle à une IA, sauf si c’est évident. Sur le site d’un client, ne laissez rien au hasard : un message d’accueil du type « Je suis l’assistant IA de la boutique » règle la question.

2. Les images, vidéos, sons et textes générés

Les fournisseurs d’IA générative doivent marquer ce qu’elles produisent dans un format lisible par machine. Ce n’est pas à vous d’ajouter ce marquage : il est posé par l’outil. C’est pour cela que les filigranes se multiplient.

  • Claude : depuis le 2 août 2026, les nouveaux modèles d’Anthropic ajoutent un filigrane invisible à leurs textes, partout dans le monde, avec un déploiement en cours sur les modèles plus anciens. Les fichiers PNG ou JPEG générés reçoivent des Content Credentials C2PA, vérifiables avec le Claude Content Checker, gratuit. La détection des textes est réservée à des organisations éligibles.
  • ChatGPT : OpenAI a annoncé le 5 octobre 2026 un filigrane invisible sur les textes de ChatGPT et Codex dans l’Union, « dans les prochaines semaines ». Ses images portent déjà des Content Credentials C2PA et un filigrane SynthID.
  • Gemini et images Google : le filigrane SynthID se vérifie avec SynthID Detector, gratuit depuis le 7 octobre 2026.

Ne retirez pas ces marques des fichiers que vous livrez. Elles sont la preuve la plus simple de l’origine d’un contenu si un client ou une plateforme vous la demande.

3. Les deepfakes

Un deepfake, ou hypertrucage, est une image, une vidéo ou un son généré ou manipulé par IA qui ressemble à des personnes, objets, lieux, entités ou événements existants et pourrait passer pour authentique. Le déployeur doit signaler qu’il a été généré ou manipulé.

Pour un usage manifestement artistique, créatif, satirique ou fictionnel, il suffit de mentionner l’existence du contenu généré, sans gêner l’œuvre. Une illustration de mascotte ou un décor manifestement imaginaire ne sont pas des deepfakes : l’AI Act ne leur impose pas d’étiquette. D’autres règles peuvent en exiger une, comme celles de l’influence commerciale ou des plateformes. Et dès qu’une personne réelle est représentée de façon réaliste, signalez-le.

4. Les textes d’intérêt public

Un texte généré par IA et publié pour informer le public sur des sujets d’intérêt général doit être signalé. Sauf s’il a été relu par un humain et qu’une personne ou une entreprise en assume la responsabilité éditoriale.

Pour un blog d’agence ou de client, la conclusion est pratique : relisez, corrigez, et assumez la publication. C’est aussi ce que recommande notre guide SEO et GEO.

Le code de bonnes pratiques publié par la Commission le 10 juin 2026 précise ces règles et propose des icônes européennes pour étiqueter les contenus. Il est volontaire : ceux qui n’y adhèrent pas doivent démontrer leur conformité par d’autres moyens équivalents.

À retenir : chatbot présenté comme une IA, deepfakes étiquetés, textes relus : ces trois réflexes couvrent les cas courants de l’article 50 pour un studio web.

Quelles clauses ajouter à vos devis et contrats ?

Écrivez dans vos devis quels outils d’IA vous utilisez, pour quoi faire, et qui assume quoi. L’AI Act n’impose pas de clause type, mais un client mal informé est le premier risque commercial.

  1. Usage de l’IA. « Le prestataire peut utiliser des outils d’intelligence artificielle générative pour la production de textes, d’images ou de code. Chaque livrable est relu et validé par un membre de l’équipe. »
  2. Contenus à signaler. « Les contenus générés qui relèvent de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689, notamment les hypertrucages, sont identifiés comme tels au moment de la livraison. »
  3. Chatbot et assistants. « Tout agent conversationnel mis en place informe l’utilisateur qu’il interagit avec une IA dès le premier message. »
  4. Responsabilité éditoriale. « Le client reste responsable éditorial des contenus qu’il publie après validation. »
  5. Données du client. Précisez si ses documents peuvent être envoyés à un service d’IA, et lequel. C’est aussi une question de RGPD.

Ajoutez ces mentions à votre modèle de devis pour ne plus y penser. Si vous faites vos devis avec Wuro, l’outil de devis et de facturation de notre groupe, vous les retrouvez ensuite dans chaque devis transformé en facture.

À retenir : une clause claire sur l’usage de l’IA protège autant la relation client que la conformité.

La checklist AI Act du studio web

Dix minutes suffisent pour faire le point. Voici les 7 vérifications à faire cette semaine.

  1. Listez vos outils d’IA : rédaction, image, code, chatbots installés chez vos clients.
  2. Vérifiez chaque chatbot : le premier message doit dire qu’il s’agit d’une IA.
  3. Repérez les deepfakes dans vos livrables : visages réels, faux témoignages, fausses photos de lieux. Étiquetez-les.
  4. Relisez tout texte d’information produit avec l’IA avant publication, et gardez une trace de la validation.
  5. Gardez les métadonnées C2PA et les filigranes des fichiers générés : ne les supprimez pas à l’export.
  6. Formez votre équipe : une demi-journée sur les usages, les limites et les règles de l’agence est une bonne base pour répondre à l’article 4.
  7. Mettez à jour vos devis et CGV avec les clauses de la section précédente.

Pour choisir des outils hébergés en Europe, voyez notre sélection d’outils web français et européens. Et pour mieux cadrer ce que vous demandez à l’IA, notre guide pour formuler un prompt IA efficace.

À retenir : inventaire, information, relecture : la conformité d’un studio web tient en trois mots.

FAQ : AI Act et métiers du web

Le règlement est entré en vigueur le 1er août 2024 et s’applique par étapes. Les interdictions datent du 2 février 2025, les règles de transparence de l’article 50 du 2 août 2026. Les obligations pour l’IA à haut risque sont reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour les produits réglementés.

Oui, dès qu’il utilise une IA à titre professionnel : il est alors « déployeur ». Ses obligations restent légères : signaler les deepfakes, relire les textes d’information et former ses usages.

Au titre de l’AI Act, seulement si c’est un deepfake : une image qui pourrait passer pour authentique en montrant des personnes, lieux ou événements existants. Une illustration manifestement imaginaire n’a pas besoin d’étiquette, mais d’autres règles, comme celles des plateformes, peuvent en demander une. Le marquage technique, lui, est posé par l’outil.

Oui, depuis le 2 août 2026, sauf si c’est évident pour l’utilisateur. Le plus simple est de l’annoncer dans le premier message.

L’amende peut atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Pour les PME et les start-up, c’est le plus faible des deux qui s’applique.

Il n’existe pas encore d’outil public pour les textes : OpenAI et Anthropic réservent leurs détecteurs à des organisations éligibles. Pour les images, essayez SynthID Detector, l’outil de vérification d’OpenAI ou le Claude Content Checker. Une absence de marque ne prouve jamais qu’un contenu est humain.

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